samedi 10 septembre 2022

Valeur SOCIALE vs PROPRIÉTAIRE

Je ne fonctionne que par déduction : je veux dire que ce qui m’apparaît provient d’une longue et tisserande production d’idées qui se succèdent, pour certaines, les unes aux autres, pour d’autres selon ce qui apparaît le moment venu.

Et je procède en suivant une sorte d’instinct de la prudence : je me méfie de toute idée qui ne serait pas « organique » qui ne se retrouverait pas dans le monde du vivant.

Mais pour progresser, je pose des jalons, des intuitivités, des suppositions dont je me pose la question de leur ordre dans le possible, ici et là, qui n’ont pas à la vérité de *preuves* pour les asseoir sur du solide, alors que je trouve qu’ils sont un facteur de progression dans des domaines qui, pour moi, ont besoin d’être connu. Un amer ne propose pas seulement de rentrer au port, mais aussi d’éviter l’écueil.

Et, assez souvent ces jalons se sont avérés, par correspondance, finalement manifestes et décrits en mariage avec la réalité quand ils me servent à leur tour d’assise pour ponctuer tel ou tel aspect de ce que je me veux expliquer de la vie. C’est un phénomène assez fréquent.

Et, dans ce texte sur le fétichisme, j’ai continuellement mis le mot « valeur » en majuscules. Je ne savais pas exactement pourquoi, mais cette majusculisation avait toute probabilité de signifier quelque chose, sans doute à mettre en souligné pour mon lecteur et ma lectrice, mais surtout, pour devoir (je suis un être de devoir) en donner le plus rapidement possible une définition qui me satisfasse. Tant qu’à être dans l’expectative (le « siting on the spot » de WR) on DOIT se donner les moyens d’en sortir.

Et la majuscule en a été un : j’ai finalement compris pourquoi j’ai procédé de cette manière. Attention les potes ! En fait, il y a DEUX *VALEURS*, dont la distinction va demander un peu d’encre : la VALEUR SOCIALE et la valeur PROPRIÉTAIRE... comme pour le prestige. Un moment de basculement a eu lieu qui va de l’une à l’autre de manière assez irréversible (semblable à un destin funeste) et que je me dois de démontrer (bonjour les nuits blanches) afin que l’explication soit susceptible de DÉNOUER la valeur propriétaire en ceci qu’elle cesse de détruire la VALEUR SOCIALE et que cette dernière rejaillisse dans toutes ses splendeurs, ses plaisirs, son aspect éphémère, ses amours. C’est LÀ que la VIE va apparaître.

mercredi 31 août 2022

Étude sur la localisation physique du fétichisme

Il y a beaucoup de choses que je voudrais aborder. Je ne pourrai pas tout faire.

Quel intérêt, dites-moi, d’avoir peur de la mort (ce n’est pas la peur de mourir !) puisque, quand on est mort, on n’a plus même le loisir d’en avoir à faire... Intellectuellement, c’est assez paradoxal : on est vivant, on meurt, on n’a pas même le jouir de s’en plaindre ! C’est assez simple... c’est parce qu’on imagine que mort, on est encore vivant, surtout sous la forme absolument informe qu’est la pensée. En fait, en pensée, quand on est vivant, on n’est pas mort et que du moment où on pense, c’est qu’on est vivant, on ne peut admettre que l’absence de pensée qu’on ne saurait prouver à moins d’être mort – d’où la difficulté de faire parvenir le résultat aux vivants : comment penser qu’on pense alors qu’on est que pensée et que cette pensée voudrait rejoindre une autre en pensée : elle ne peut faire autrement, sinon on ne serait pas mort, mais vivant.

Ah ! oui : je me pose la question pour me rassurer, si je veux mourrir. On a parfois peur de la mort, parce qu’on a peur d’être vivant alors qu’on est mort. Ça serait horrible ! Imaginer aborder le royaume des morts avec le fardeau de la vie !!! alors que le paradis c’est justement d’en être déchargé ! Le comble de la perversité. Et la mort ne peut pas être perverse, on le sait bien. La mort n’est pas une personne, c’est un événement qui s’achève et disparait la vie. On contemple un corps mort dont on sait qu’il est sans vie... encore faudrait-il l’admettre ! Hahaha ! admettre qu’on a aussi cessé de penser ?

Je pourrais penser que cette peur de la mort est un ressenti (vivant) d’une partie de soi comme morte et qu’elle ne pense qu’à s’en sortir alors que la cage est physiologique. Tout le monde en parle de ce « truc » qu’on a oublié pour avoir été trop violent. C’est sensé, à moins que ce soit faux. Cela le peut-il, être faux ? Oui, je vais m’y employer :  comment atteindre quelque chose qui veut s’isoler ? On ne le peut pas, même en pensée car il ne peut être localisé, ce « truc ». Mais alors, si c’est faux, que cela cache-t-il ? Voilà une question intéressante. Cela cache, déjà, que c’est faux. Ensuite, cela cache que c’est faux parce que c’est improuvable que cela soit faux, alors qu’on soupçonne que cela cache la vérité libératrice des contraintes d’un « truc » qui se cache, ne veut pas être découvert et vous pourrit la vie d’exister.

Vous savez ce que j’ai découvert, à propos des épidémies, c’est qu’il s’agit d’un nuage gigantesque (à l’image de ces vols de criquets) d’un virus qui s’abat sur les gens, et que ceux-ci tombent « malade » parce qu’ils ne sont qu’une niche opportune pour lui de prospérer, de se reproduire, de vivre ! On pourrait dire qu’il y a des élus, mais ils ne correspondent à une opportunité. Aussi, la théorie de la contamination ne tient plus debout : on ne se contaminent pas les uns les autres, on vit ensemble dans un moment qui comprend un tas de facteurs très disparates, et puis voilà. Si on tombe malade parce que la veille on a fait une bise, c’est simplement parce qu’on s’est mis sur la longueur d’onde de la personne avec qui cet échange s’est fait, et on tombe dans le même contexte qu’elle !

Imaginons les conséquences de cette hypothèse : l’humain est si tant l’animal à la grégarité des plus puissantes de la planète qu’il se met sur la longueur d’onde de celui ou celle qu’elle ou il aime, qu’il devient réceptif à ce que VIT cette personne ; et toujours c’est le plus fort qui prend ce que vit le plus faible. Si le plus fort est plus fort encore que son environnement, il ne tombe pas malade. S’il est plus faible que son environnement, il peut tomber malade, sinon il tombe malade. Car il y en a que le contexte social indiffère et ne tombe pas malade, à moins d’autre chose. J’ai toujours aimé le titre du film de Guy Debord Critique de la séparation : je n’ai rien compris au film (alors que je l’ai visionné plusieurs fois !), tandis qu’au titre, oui. Mais je ne suis pas sûr qu’il aie pensé précisément au phénomène de la grégarité proprement dit, tel que je l’entends, je ne peux l’assertir. La « séparation » : le trou béant entre ce qu’on aime et ce qu’on a aimé et aime encore – et si ce n’était que cela ! béance comme rupture entre soi et soi qu’on retrouve en l’Autre !

Ce trou-là présente deux rives contradictoires (il n’est pas sphérique, comme dans le trou que j’ai évoqué tout à l’heure) en action, on dira comme tout-à-l’heure, qu’on ne le voit pas, puisqu’il n’y a rien à voir ; à l’intérieur, on n’y voit rien, à moins que les deux rives. Écartons psychiquement ce trou troublant. Chacune d’entre-elles à ses caractéristique propre, sa genèse plus ou moins amnésique, son histoire – dont celle des rencontres –, ses échecs et ses réussites. Tout y est, mais différent (un peu comme ce qu’on dit de chaque hémisphère cérébral).

Alors, à ce sujet, j’ai une hypothèse : quand cela se passe, c’est du fait (événementiel ou conséquentiel) d’une séparation entre les deux hémisphères dans leur jonction qu’est le corps calleux. Il y a une dis-harmonie entre eux. Si chacun des hémisphères pensent le monde à sa manière – qui est quasi-unique – comment penser en même temps ? Ça c’est la question du siècle.
Il y a cette vaste fumisterie qu’est le patriarcat avec un qui domine l’autre.
Il y a celle des alternances : un moment oui, un autre non. Mais alors... qu’en est-il d’une indispensable synthèse des deux vécus ? Quelles sont les pertes ? Quelle est l’importance de l’un pour l’autre et de l’un sur l’autre et à quel moment ? Point de jonction, un jour, quelque part, à un moment donné ? C’est encore ici une théorie très complexe. Mais alors, que nous reste-t-il ? Ben... la mienne !

Le corps calleux n’est pas seulement la jonction entre les deux cerveaux, mais porte l’hypophyse, l’épiphyse (la glande de l’âme de Descarte), le chiasma optique, l’amygdale (la mémoire), et il est sustenté sous le 4e ventricule. C’est un sacré organe, en fait. Non seulement il fait la jonction entre les deux cerveaux, mais cette jonction est liée à des glandes de très grande importance. Et la qualité du fonctionnement de cet ensemble donne celle de l’équilibre entre nos deux cerveaux. Ça signifie quoi ? Ben, ça signifie qu’on est encore dans l’inconnu, par manque de sensiorité – acquise ou innée ? on ne serait le dire, pour la même raison. On a bien conscience d’un trou, mais on a du mal à en ressentir les contours. Quand le trou n’existe pas, ce n’est pas, non plus, une histoire enganguée, c’est un défaut de perception, tout comme on ne peut pas vraiment percevoir la mort. Et comment percevoir un trou, sinon que par ses contours ? Le trou est conditionné à ses contours, vous comprenez ?

On ne s’est pas suffisamment penché sur le corps calleux : il faut imaginer un ORGANE quoi doit permettre, trier, quantifier, etc. les réflexions de chacun des cerveau, à une vitesse folle et une variabilité aussi folle ! Quel boulot, et en plus, de joindre telle glande pour enclencher telle réaction. Ça c’est de l’organe ! pour maintenir en coordination un ensemble d’éléments. Et les béances, là-dedans ? Ben... les béances, c’est les lacunes de compréhension entre le droit et le gauche, chacun tenant mordicus à ses prérogatives (je veux dire : ses prétentions) sur l’ensemble du monde. Et ça, je trouve ça bizarre : si je n’ai ni raison, ni  tord, quoi penser ? Alors... deux choses : ou on n’a pas compris quelque chose de très important, ou bien je foire. Pourquoi donc, chacun des deux cerveaux n’est-il pas d’accord avec l’autre ? Y a-t-il une raison ? Ouais : c’est la douceur (et c’est la douceur qui fait défaut, en fait, dans le faux). Le corps calleux, c’est le chef du neuro-sympathique, celui qu’ils appellent « para », alors qu’il est l’ultra de ce système nerveux autonome !

Bon... j’en suis là. Intéressant, non ?

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Le problème auquel nous nous confrontons est celui de savoir, oui ou non, s’il s’agit d’un trou, quelque part, trou qui expliquerait une grande partie des malveillances quasi-involontaires, des mysticismes qui les justifient, et autres imaginaires fétichistes qui lui donne consistance. Et le problème auquel je me confronte est de pouvoir vous clarifier cette histoire qu’il n’y a PAS de trou, mais ISOLEMENT d’une partie de système de la comprenette, isolement qui désorganise, le rendant claudiquant – non pas à la manière d’une rognure d’ongle, mais celle du déplacement d’une rotule –, ce système. Et cela est physiquement prouvé et re-prouvable. Et cet isolement d’une localisation assez petite (pas plus qu’un poing d’enfant) d’isolement, ne se passe que dans un seul hémisphère, simultanément au fait que l’autre hémisphère l’ignore totalement. Le corps calleux (où réside la « conscience ») a énormément de travail à conjuguer, alors, les deux cerveaux, puisque l’un pense ceci d’une chose, tandis que l’autre, avec sa petite boule, le voit autrement, alors que c’est la MÊME chose. Il y a donc une sorte de « vide » dans cette conscience consécutive au fait qu’il ne peut faire la conjugaison.

On dit que l’apparition d’une petite boule dans le cerveau correspond à un choc traumatique, signifiant par là qu’on s’en souvient à peine, qu’il a altéré des cellules du cerveau, et que ce choc est absurdement advenu totalement idiotement, de sorte qu’on y comprend rien. Et on dit que ces sortes de cale cérébreau ne sont pas visible sur un scane, quand la programmation du rendu du traitement magnétique élimine ces de nombreuses incongruités mystérieuses, ne serait-ce que parce qu’elle apparaissent que dans un seul cerveau : c’est une erreur. Mais on va tenter d’expliquer comment cela se-fait-ce.

Le cerveau est composé d’une petit nombre de cellules : les cellules nerveuses et la glie. J’ai lu – j’étais à la recherche d’un livre qui consacrait plus de dix pages sur le système neuro-végétatif ; j’en ai pas trouvé ; mais j’étais tombé sur cela – que la proportion de cellules nerveuses était de 90 % chez la souris, et 10 % chez les humains. J’en ai assez rapidement déduit que la glie était « l’intelligence ou l’âme » car la glie a une cellule de ces astrocytes qui n’est fixée nulle part : elles vont là où ça leur chante, pourrais-je dire et que j’y voyais bien une transporteuse d’idée, avec le flash quand elle rencontre LA concordance ! En conséquence, la pensée était lié à cette cellule. Pourrait-elle passer d’un cerveau à un autre ? Pourquoi pas !

La glie a encore une autre fonction, plus terre-à-terre : le nourrissement, la protection et l’entretien des cellules nerveuses. Lorsqu’il y a un choc traumatique (l’HORREUR !)... j’oubliais un truc : on sait peu que le nerf, quel qu’il soit, ne voit pas son « courant » aller d’un A à un B : il y a un retour qui va de B à A et le cerveau perçoit ce retour comme un contrôle de ce qui est ressenti par le nerf. C’est comme ces guirlandes d’ampoules qui s’allument un sur deux : on ne sait vers où va le mouvement ; mais en vrai. Cela ne préjuge pas qu’il y ait des nerfs spéciaux pour l’aller, et d’autres pour le retour.

Cette sensation de trou est consécutive à cet ISOLEMENT d’une partie de la compréhension du monde (ou ses outils) de l’ensemble du reste qui est, tout de même, la base de sa cohérence. La petite boule c’est un amalgame de glie qui isole l’horreur du trauma pour l’isoler du reste qui ne vit pas dans l’horreur. Car c’est là que réside la folie du monde ! dans cette petite boule, certes, mais surtout ce qui l’a provoquée. Nous pourrions gloser sur le nombre de traumatisme qu’un seul individu, chacun selon son sexe, qui plus est, subit au cours d’une vie, se répercutant – c’est inévitable – sur Autrui, et depuis des milliers de générations, mais, à peu de chose près, on peut les rassembler en quatre catégories : les caractères, des interprétations du monde suivant sa conformité, ou celle qu’on a adoptée. Ainsi, on touche du doigt ce fait que les publicités, les livres, les lois et les décrets, soient peu si nombreux : quatre – encore qu’on ne compte pas un caractère spécial : qui n’a pas, ou peu, de cuirasse neuro-musculaire, des crispations généralement anticipatives, d’un plaisir trop intense, par peur de s’y perdre ; principalement anticipatives du plaisir tout court, d’ailleurs.

Là où il y a la peur, il n’y a PAS de sexualité : pas du tout ! On se leurre si on affirme le contraire, car là où il y a la peur, il n’y a pas de plaisir. Et donc se pose à nouveau cette étrange question : Mais pourquoi les gens ont-ils peur ? On pourrait dire « de quoi ? » aussi.L’ont-ils identifié ? reconnu ? admis ? Ça c’est pas sûr du tout. Car que font-ils alors pour éviter d’avoir peur ? On voit partout qu’ils ne passent leur temps qu’à se faire peur ? Non... quand même ! ne me dites pas que c’est par peur du plaisir ?Double-peur, en somme. J’ai eu une fois, à la lecture des prisons de Cayenne, l’idée de faire un livre répertoriant un max d’outils mentaux, sociaux, amoureux de torture : ce n’est pas à cause l’HORREUR que j’aurai donné à voir au public, que je ne l’ai pas écrit – combien l’aurait ressentie, cette soufrance ? –, mais parce qu’il y en avait de trop, et que la tâche que je m’étais assignée devait fatalement me dépasser. Cela a davantage renforcé en moi cette triste constatation : L’humain est quand même bizarre, non ? Acquis ou inné ?

Que nenni ! La perte de l’identification du plaisir d’autrui, ou de sa souffrance serait alors dû à un isolement des cellules-miroirs (encore que j’ai dit plus haut que je n’y tient pas tant compte dans mon raisonnement), mais à ces défauts de perception du monde qu’on DEVRAIT soi, ressentir : la fameuse empathie, comme plaisir et non pas comme peur. Essayons de circonscrire cette peur.

Tout comme le plaisir (à quelque détails de fonctionnement près), la peur est le trajet nerveux qui va de la perception du monde, qui passe par un filtre définissant une sorte de qualification d’après la mémoire – le vécu –, à son interprétation : chaque cerveau pour soi, corps calleux qui harmonise... sans, cette fois-ci, y parvenir. Car dans le trauma ( l’HORREUR  se détruit en peur) a isolé une partie d’un demi-cerveau sans que l’autre s’y retrouve... la panique ! Le nerf (ou les nerfs) qui ont PERÇU le trauma qui a été perçu par le même nerf, voit son REFLUX d’une violence (proportionnelle à ce qu’on vous inflige) énorme... et « grille » en quelque sorte, une partie du cerveau en correspondance avec l’entendement du monde : ce « grillage » n’est que le VÉCU d’une sur-intensité du reflux nerveux : il n’y a rien de grillé, juste de traumatisé, d’asthénié. Et la glie, celle qui entretient, protège et nourrit, de venir vite s’agglomérer autour de la partie traumatisé, qui a eu PEUR... d’où ces petits boules qu’on s’évertue à ne pas voir sur un scanner. Mais cette localisation en correspondance avec une perception du monde, donnerait aussi la nature de la peur, si on ne s’évertuait pas à ne pas vouloir les voir.

On dit que un des deux facteurs de la peur, est celui de mourir. Je n’en suis pas si sûr. La peur de mourrir correspond ici à une intense et bouleversante perception => transport => filtre => interprétation du monde.

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J’aime regarder les films chinois dans le texte, car il y règne encore des personnages grossiers – c’est bon enfant, ça reste du cinéma–, tandis que chez nous, ces derniers sont devenus tellement  habituels, qu’il faut les grossir encore pour qu’ils soient crus, sinon qu’à double-dose. Le grossier « chinois », c’est un grossier proche du peuple, le second un grossier bourgeois, publicitaire : le cinéma est devenu sa vie et nous sommes tous des acteurs de notre vie, un spectacle universel. Mais cela signifie aussi qu’on veut se cacher derrière une double-face, soit parce que la première est obsolète et surannée, soit parce qu’on tient mal son rôle quand on se rend compte des souffrances qu’il génère. Il y a du régrès, mais du progrès aussi. Cela dit, les acteurs chinois sont aussi bons que les nôtres. Ils tiennent peut-être mieux leur rôle, du fait de cette simplicité des rapports avec le spectateur, où chez nous, le zhéros doit être très sophistiqué, à tous points de vue, sinon qu’un peu plus érotique, à peine.

J’avais mis un jour une relation entre les quatre caractères et les catégories d’interprétation du monde, et j’avais aussi découvert une sorte de dispositions des rôles qu’on trouve dans l’industrie du cinéma : le producteur, le réalisateur, l’acteur et le spectateur (si je regarde de près les choses... le compulsif, le phalique-narcicique, l’hystérique et le masochisme). Mais ceci est la branche annexe de l’arbre du spectacle qui commence d’abord, avec un chef, son sbire (qui dit chef, dit flic), un bureaucrate (qui dit flic, dit lois) et le publicitaire, le prêtre (qui dit lois, dit dieu, la morale de la société en question), sans oublier leurs sous-fifres. Et l’ensemble du spectacle, le scénario et la mise en scène du faux, c’est de faire jouer tous ces gens, même si cela ne vaut rien. On ne naît pas un de ces personnages, on s’adapte à lui, par choix opportuniste, comme tous les animaux, jusqu’à l’oublier. Tandis que tout cela est confronté à la réalité et modulent les relations humaines selon leurs règles. Chaque caractère est devenu un fétiche pour son acteur. Une double-peine, en quelque sorte. Je ris de mes blagues, mais je sais que les gens souffrent et que, même s’ils s’en rendaient compte, ils ne sauraient quoi faire pour sortir de cette situation. Pourtant c’est simple : le fétiche de la VALEUR, et ce gros mensonge sur la vie se concrétise dans la marchandise – ou la marchandisation de tout, pour le fétichiste.

Il en est de la valeur comme de la bicyclette : une fois que vous avez été contaminés, c’est à vie. C’est pourquoi votre humble serviteur ne peut tout expliquer, sachant qu’il en restera toujours une bribe (la VALEUR) qui persistera dans la mémoire de son quotidien, et que son raisonnement s’en trouvera inévitablement taché de partialité. Au fin-fond-de-moi, quelque chose a résisté et je suis aperçu que, dans mon malheur, je n’y étais que du tiers, un autre étant la socialité (la grégarité), et l’autre, précisément, le monde de la marchandise, le monde de la VALEUR ! J’écris un livre pour ne pas qu’on recommence tout tout le temps.

Il ne reste plus que le choix de la grégarité qui reste incorruptible puisque chaque enfant qui naît, nait avec. Cette hypothèse étant la bonne – c’est pas que je sois intelligent, c’est le système qui est bon – il se passe quelque chose entre cette naissance et plus tard, en mauvaise passe. Et s’intéresser à la grégarité en général (pour les animaux grégaires) et en particulier chez nous, c’est riche. Je n’ai pas dit que l’humain est né bon, mais j’ai dit qu’il est né avec toutes – sans qu’il en manque une seule – les dispositions pour pouvoir l’être.

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Il n’y a pas de références, ici, sinon que celles du lecteur, desquelles lui seul est responsable ; et s’il lui arrivait de me maudire, qu’il me laisse en paix.

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Quand un éminent critique de cette société spectaculaire-marchande assume le fait qu’il veuille sortir du temps cyclique des saisons pour réaliser la Vie dans le désordre gouleyant de son abolition – laissant le reste aux petites mains, je ne sais pas–, je ne suis pas si certain qu’il ait raison, comme si le temps des aristocrates n’était pas, précisément, un usage du temps dans le cadre du troupeau ! De quoi les princes ont-ils joui, sinon que de baiser, de protéger leur place et de commander, pour se dispenser de cette vile occupation qui est l’usage de leurs mains à des « travaux « pénibles » ? puisque c’est eux, qui pénibilisent ces travaux qui suivent le grand cycle du temps de cette planète. Les travaux sont pénibles quand ils sont réalisés seul. Les sociétés pré-agricoles, jusqu’au moment où elles se contentaient du jardinage, ne connaissaient pas cette séparation, ou bien dans ses prémices. Chacun participe à la mesure de l’ensemble, et c’est cette intégration au tout qui est source de plaisir humain, comme globalité, et non pas comme « séparation » (notre auteur n’avait pas tord sur ce point-là) du troupeau. Les danses, les fêtes, les travaux, les repas, les amours, les astuces de la vie, les relations et leur régulation exemptes de chef, tout cela est la consistance de la vie ; et non pas le travail seul. Aujourd’hui, nous pianotons sur un clavier pour trouver un lecteur à nos idées qui ne sont, finalement, que de tentatives de destruction de la solitude – dont le contraire est la connivence des sympathies. Le trou où se niche le fétiche qui croît comme un bonsaï taillé par les solutions aux angoisse, n’a pour parois que cette solitude dans laquelle chacun est plongé depuis sa naissance et contre laquelle ses pleurs sont inefficaces. En fait, on en sait pas ce qu’est la solitude... on ne le saura que bien plus tard, vers les 7 ans. Auparavant, on la vit sans lui avoir donné de nom, sans lui avoir alloué de mot, d’image-verbale... et elle restera jusqu’alors sans objet, à moins d’un bon, d’un vrai doudou ou d’une forte amitié, le mariage des empathies.

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Ce à quoi est réduite la sexualité humaine – qui est en correspondance avec la puissance des capacités de rencontres et de poésie de cet animal grégaire.

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Quand le pot du fétiche est la solitude, le terreau du fétichisme est l’angoisse. Même les endroits où la sexualité, à peu de choses près, est librement consentie, l’humain a encore besoin du fétiche, car il persiste de l’angoisse : la peur des fantômes sous la maison sur pilotis concrétisent les culpabilités vécues et mal digérées, les culpabilités qui n’ont pas trouvé leur apaisement. L’humain est certes un être multiforme, mais seulement dans ses résultats, et même pour les complexés, le substrat qu’est son existence est d’une désarmante simplicité. C’est qu’il y a des angoisses qu’on ne peut maîtriser et qui doivent pourtant trouver un objet. La Vie a doté la vie d’une angoisse native (que je nomme) « flottante », comme moteur à tout ce qui vit dans la Vie. Ce n’est pas l’unique moteur, bien sûr, puisque le principal est tout de même la satisfaction de vivre qu’on retrouve dans le chant des oiseaux, par exemple, même du corbeau noir et du héron gris quand il prend son envol. Cette angoisse flottante est une énergie de mise en alerte dont le déclencheur, la gâchette est le danger, pour s’en prémunir, et aussi pour anesthésier la sensation de mort lorsque tout va mal. Le fonctionnement – les trajets qu’elle parcourt – de cette angoisse flottante est très amusant. Elle ne se présente pas comme une priorité dans les mouvements de la vie, elle passe après la sexualité en action, le fait de manger, de jouer, etc., et ne se manifeste que lorsque l’énergie développée dans ces actions s’épuise de sorte que la sienne, flottante, émerge par contraste, parce qu’elle est devenue alors la plus forte ; encore que cela ne se passe qu’au cours d’un instant si rien de plus alarmant ne se présente. Mais c’est elle qui vous donne le goût du déplacement, par exemple, en alimentant le désir ou le hasard. Chez nous, cette angoisse flottante se manifeste d’une manière un peu différente. Nous l’allons montrer tout à l’heure.

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Cette angoisse flottante vient se surajouter aux autres angoisses, proprement humaines, comme de celle de trouver une solution à une question. Ainsi, nos angoisses voient-elles souvent leur intensité doubler.

vendredi 15 juillet 2022